Je sais que le vin rosé est libre et libéré depuis quelques années maintenant. On le trouve désormais tout au long de l’année sur toutes les tables, pour accompagner salades, poissons et plats exotiques. Il y a néanmoins certains vins rosé, qui sont indéniablement et formellement liés à la saison estivale.
Pierre Cros Minervois vin rosé
La cuvée « tradition » de Pierre Cros en fait partie. Très pâle et brillante, elle sait vous prendre par les sentiments en exprimant son doux parfum de fruits rouges, de confiseries et de pêches blanches, ainsi qu’un soupçon de fève tonka. Suave en bouche, avec une belle fraîcheur et quelques rondeurs, rehaussé par une légère amertume en fin de bouche. Une chaise longue, quelques olives et un bout de Cantal Entre-Deux et le tour est joué. Vous êtes VRAIMENT en été !
La cuvée « Partouze », joyeux assemblage de vieux cépages vinifiés en rosé, est tout autant surprenant que le nom des cépages qui la composent : Picpoul, Rivairenc, Aramon et Morastel. Plus vif et marqué par les agrumes, c’est un rosé qui aime les poissons grillés et les moules marinières.
Ce mois ci, Frédéric du Vortex du Gosier a le palais à sec ! Petit malin qu’il semble être, il nous demande alors de révéler les sources de nos vins de soif et de les partager pour ces Vendredis du Vin.
Partouse et Les Mal Aimés de Pierre Cros
Pour trouver mes vins de soif préférés, pas besoin de chercher bien loin. Je me suis simplement retourné vers les anciens du grand sud. Car les vieux cépages, les oubliés, les mal aimés, souvent modestes, semblent petit à petit prendre leur revanche depuis quelques années. Ressorties de leur cachette par de jeunes vignerons et vigneronnes de plus en plus nombreux, certains osent même dire qu’à cause de l’authenticité et de la « buvabilité » qu’ils confèrent au vin, ils seraient probablement l’avenir des vignobles méditerranéens… Vous l’aurez compris, je parle du Carignan et du Cinsault, mais aussi des Terret, des Picquepoul noir, des Rivairenc et même de l’Aramon. Tous capables de résister à la chaleur et de nous donner de la fraicheur !
Après avoir sauvé de la disparition quelques vieilles parcelles de Carignan, Picquepoul noir, Alicante et Aramon pour créer sa cuvée « rebelle » les Mal Aimés il y a une quinzaine d’années déjà, Pierre Cros a replanté dans le Minervois une parcelle de Picquepoul noir, de Morrastel, de Rivairenc et d’Aramon en 2012. À l’époque Pierre écrivait ceci :
« Quelle belle revanche pour ces vieux de la vieille ! Eux que l’on a voulu exterminer au profit de cépages dit « nobles » dans une région où règne de plus en plus l’hérésie d’une viticulture mondialisée au détriment de ses origines.
Quelle belle revanche aussi pour nos Anciens, qui n’étaient pas forcément plus « couillons » que nous et qui avaient compris depuis belle lurette que ces ceps avaient, eux aussi, leurs places dans nos terroirs arides. »
En 2014 ces jeunes vieux cépages ont porté leurs premiers fruits. Ils se sont alors associés au Cinsault et au Grenache pour cette jolie Partouse couleur rosé. Un vin tendu et droit, sans chichi, mais avec une belle générosité et un grand sourire ! Sous l’étiquette « Les Mal Aimés », les vieux s’habillent en rouge et se montrent bien dynamiques, marqués par divers fruits rouges et noirs et un agréable côté « végétal ». Fluide et peu marqué par les tanins, il supporte des températures de service assez fraîches, permettant ainsi d’être apprécié en été.
Conclusion : pour moi le vin de soif, c’est souvent une histoire de vieux !
Vidéo en langue des signes : Cépages oubliés - Les Mal Aimés de Pierre Cros
Dégustation de cépages (presque) oubliés : Carignan, Aramon, Alicante et Picpoul noir... Une vidéo accessible pour tous, traduit simultanément en langue des signes.
Vieux cépages, vieux #vin – Les Mal Aimés 2003 de Pierre Cros
Il est plutôt rare de nos jours de boire de vieux vins. Une étude du Wine Enthusiast révélait fin 2011, que « la grande majorité - 90% ou plus - des vins achetés dans ce pays (aux USA) sont consommés dans les 48 heures après leur achat ». Certes, on parle ici des Etats Unis, un pays quelque peu différent du notre au niveau culinaire, mais seulement quelque peu…
En tout cas, le plaisir et les attentes sont grand avant de déboucher une vieille bouteille un peu oubliée dans la cave. D’autant plus, quand il s’agit d’un vin fait avec de vieux cépages, que l’on considérait pendant longtemps comme indigne et mauvais. De vieux cépages qui, bien traités, montrent leurs qualités gustatives depuis déjà plus qu’un décennie dans cette belle cuvée des Mal Aimés (Aramon, Picpoul noir, Alicante, Carignan).
Comme je m’y attendais, le vin est tuilé, assez translucide et présente un léger dépôt. Le bouquet est plutôt intense et riche, avec des notes de pruneau, de fumé et de garrigue, ainsi que des épices et de légères notes florales de sureau. La bouche est souple, voire gouleyant, animée par une belle acidité et un très léger relief de tanins qui tapissent le palais. Généreux et solaire comme il se doit pour le millésime 2003, la bouche se termine sur une savoureuse compote de fruits noirs. Un véritable vin de dégustation, a apprécier tard la nuit dans le silence…
Voyage à Trilla pour le festival des vieux cépages
La deuxième fête des vieux cépages, organisée par le journaliste André Dominé & friends a eu lieu le samedi 21 juillet dernier à Trilla, dans les Pyrénées-Orientales. Après Perpignan, une route montante et sinueuse, donnant envie de s’arrêter pour contempler le paysage tous les 200 mètres, m’a amené vers 9 heures du matin à Trilla.
Festival des vieux cepages à Trilla - VinParleur
Le village se préparait à la fête et la salle annexe de la mairie se remplissait avec des vigneronnes et vignerons, ainsi qu’avec des bouteilles aux vieux noms fièrement affichés sur les étiquettes : Grenache noir et blanc, mais également l’impressionnant gris, Lledoner pelut (le Grenache velue catalan), un Ribeyrenc de Saint Chinian, du Picpoul noir et de l’Aramon venu du Minervois, du Cinsault corsé et de l’Œillade fraîche et le Carignan bien sur, dans toute sa splendeur et sur presque toutes les tables, y compris dans le Carignan Corner de Michel Smith.
Des vins secs aux vins doux, nous retrouvions beaucoup de caractère dans toutes les bouteilles et dans tous les verres ! Interrompu seulement par deux petites heures d’un repas vigneron convivial et délicieux (et encore et encore des dégustations) et par une prestation quelque peu exotique de danse brésilienne, la salle était pleine du matin au soir, permettant aux amateurs et curieux venus de près ou de plus loin de découvrir un beau chapitre d’histoire et d’avenir, espérons-le, du Languedoc-Roussillon viticole. Mes papilles et moi-même en tous cas, nous nous sommes vraiment régalés !
Il y a une bonne dizaine d’années naissait dans la douleur (procès des fraudes, mais surtout sarcasmes et discriminations de la part d’organismes viticoles) la cuvée Les Mal Aimés, élaborée à base de vieux cépages languedociens : Alicante, Aramon, Piquepoul noir, Carignan… les fruits défendus…
Aujourd’hui, grâce à la prise de conscience de techniciens agricoles qui ont minutieusement sélectionné les bois de ces vieux cépages, nous avons pu mettre en place une jeune vigne d’Aramon, Piquepoul noir et d’Aspiran.
Quelle belle revanche pour ces vieux de la vieille ! Eux que l’on a voulu exterminer au profit de cépages dit « nobles » dans une région où règne de plus en plus l’hérésie d’une viticulture mondialisée au détriment de ses origines.
Quelle belle revanche aussi pour nos Anciens, qui n’étaient pas forcément plus « couillons » que nous et qui avaient compris depuis belle lurette que ces ceps avaient, eux aussi, leur place dans nos terroirs arides. _ Enfin, quelle belle revanche personnelle… Per chez nous, il ne faut pas être en avance sur son temps, car lorsque l’on est trop « précurseur », le temps que la mode arrive, personne – et surtout pas nos décideurs – ne se souvient qu’il y a dix ans, on le faisait déjà.
Alors même si je dérange une fois encore, en étant le seul vigneron en France, à cultiver ce type de vigne expérimentale « hors normes » et même si je suis excessif en tout… je le sais… que les esprits chagrins et les âmes sensibles se rassurent… j’assume…
… et vous donne rendez-vous les samedi 12 et dimanche 13 mai, de 10h à 22h, en compagnie de notre ami Jean-Pierre, éleveur fromagier à la Ferme de Marcou. Il viendra vous faire déguster ses Cantals, St Nectaire… à emporter ou à consommer sur place avec sa charcuterie maison et son échine de porc grillé (10€ l’assiette – réservation souhaitée).
Les fruits défendus sont les meilleurs - Les Mal Aimés de Pierre Cros
Une robe cerise, légèrement voilée. Au nez, encore de la cerise, mais également de la groseille, du sureau, du citron confit…
La bouche accueillante et confortable – fruits à noyau, olive noire, romarin frais – les quelques tanins soyeux, posés délicatement sous une acidité juteuse, donnant un bel équilibre à ce vin frais et suave.
C’est sur le millésime 1999 que j’ai rencontré ce vin pour la première fois. Élaboré avec les fruits quasi défendus de quelques vieilles vignes du Minervois – Carignan, AlicanteBouchet, Aramon et Picpoul noir – mon palais, formé aux cépages internationaux, était quelque peu perturbé. « C’était ça le goût des vins du Midi d’antan/de l’époque… ? »
Depuis, je n’ai jamais manqué un seul millésime des Mal Aimés. Souvent, je le bois un peu frais, au printemps ou en été. Mais je me rappelle encore d’un jour pluvieux début novembre il y quelques années, où je l’ai servi chambré et carafé sur un émincé de bœuf aux cèpes… Alors poivre blanc s’est mêlé aux olives et cerises, comme douceur et générosité à l’acidité sèveuse.
Je vous conseille de le déguster, si jamais il en reste, car pour moi ce vin restera toujours une belle expérience de goût, une belle surprise, loin des sentiers battus des vins universels.