La réponse semble évidente : on boit du Pierre Cros ! Vigneron talentueux et visionnaire du Minervois, il a anticipé notre embarras du choix en créant sa cuvée « Entre la Vigne et la Mer » il y a quelques années déjà, inspiré par les textes d’un jeune rappeur du pays. Assemblage aussi svelte qu’efficace de Syrah et de Mourvèdre, de terroir et de Hip Hop, c’est un vin moderne et universel.
Proposant un bouquet intense assez terre à terre marqué par le cassis, la griotte et un peu de sous-bois estival, il prend le large en bouche avec des arômes mentholés et fumés très frais, presque iodés. La mer la voilà ! Des tannins encore jeunes et serrés, portés par une vivacité énergisante et enrobés par une belle douceur. Ce vin donne soif et désaltère à la fois. Quelques années de garde transformeraient ce surfeur languedocien en loup des mers. Mais après tout, ceci n’est qu’une question de style et de préférences. Prenez le donc comme vous voudrez, mais prenez-le, bon sang, c’est une sacrée bouteille !
ACCOMPAGNEMENT HERBIVORE : des racines pour ce vin avec une approche très « roots » ; à la poêle, en gratin, grillées… avec du parmesan, du fromage de brebis, des oignons confits et de quoi pouvoir saucer avec une bonne tranche de pain grillé !
ACCOMPAGNEMENT CARNIVORE : une épaule d’agneau bien confite, des herbes de garrigue, de l’ail, des olives noires, des patates grillées.
Je sais que le vin rosé est libre et libéré depuis quelques années maintenant. On le trouve désormais tout au long de l’année sur toutes les tables, pour accompagner salades, poissons et plats exotiques. Il y a néanmoins certains vins rosé, qui sont indéniablement et formellement liés à la saison estivale.
Pierre Cros Minervois vin rosé
La cuvée « tradition » de Pierre Cros en fait partie. Très pâle et brillante, elle sait vous prendre par les sentiments en exprimant son doux parfum de fruits rouges, de confiseries et de pêches blanches, ainsi qu’un soupçon de fève tonka. Suave en bouche, avec une belle fraîcheur et quelques rondeurs, rehaussé par une légère amertume en fin de bouche. Une chaise longue, quelques olives et un bout de Cantal Entre-Deux et le tour est joué. Vous êtes VRAIMENT en été !
La cuvée « Partouze », joyeux assemblage de vieux cépages vinifiés en rosé, est tout autant surprenant que le nom des cépages qui la composent : Picpoul, Rivairenc, Aramon et Morastel. Plus vif et marqué par les agrumes, c’est un rosé qui aime les poissons grillés et les moules marinières.
Pas besoin d’aller à New York pour boire du vin tout en croisant des rappeurs. Des rappeurs, il y en a aussi dans le Minervois ! Il a suffi à Pierre de tomber sur les paroles de la chanson « Entre la vigne et la mer » de Toan pour trouver le nom et l’étiquette de sa toute nouvelle cuvée.
Entre la vigne et la mer Pierre Cros Minervois
Assemblage équitable entre la Syrah et le Mourvèdre vinifié et élevé en foudre de bois aviné, ce Minervois du millésime 2015 se présente avec un bouquet intense et généreux. Les fruits des bois, les framboises, mûres et myrtilles fréquentent aisément la cannelle et quelques graines de poivre noir, donnant une image olfactive joyeuse et fraîche de ces deux cépages habituellement plutôt sérieux. En bouche le vin est croquant, vif et rond, doté de tanins d’une finesse impressionnante.
Récemment, nous l’avons dégusté frais et seul après le repas, histoire de finir la soirée en beauté, mais c’est surtout un vin qui se plaira à votre table ou dans votre cave de vieillissement pour quelques années.
ACCOMPAGNEMENT CARNIVORE OU ICHTYOPHAGE
À cette saison, son fruit et sa jeunesse aiment les viandes grillées et rôties. Avec l’arrivée de l’automne, il se contentera d’une poêlé de champignons aux lardons, puis un succulent pot-au-feu contre le froid hivernal. Pour les amoureux de poisson, tentez un sandre aux lardons et câpres.
ACCOMPAGNEMENT HERBIVORE
Un tian d’aubergines évitera de le dépayser, une lasagne végétarienne le mettra en valeur, un risotto aux carottes, cèpes, tomates séchées et parmesan le sublimera.
ACCOMPAGNEMENT MUSICAL
Habemus Papam 2012 de Santa Duc - la dentelle de Châteauneuf-du-Pape
Quand un vigneron installé à Gigondas au pied des Dentelles de Montmirail transpose son savoir-faire aux sols caillouteux et sableux de La Crau et des Saintes Vièrges, un vent frais semble se lever sur ces terroirs de Châteauneuf-du-Pape. En bouteille depuis le printemps, le millésime 2012 en est la preuve vivante !
Habemus Papam Domaine Santa Duc Chateauneuf-du-Pape
Sa couleur est apaisante : rouge sang, très claire, avec une légère touche de violette. Un premier nez très frais, très fruit, suivi par une ouverture assez rapide sur des épices douces, du poivre et des arômes balsamiques. Un bouquet jeune et tonique, que l’on retrouve au palais et qui raisonne longtemps encore en finale.
Finement salée, la bouche a quelque chose de caillouteux, de sablé. Est ce que c’est le caractère minéral de ce vin ou est ce que ce sont ses tanins délicats, très frais et jeunes ? Difficile à dire, car ce vin de Grenache et de Mourvèdre, déjà délicieux, mais bâti pour l’avenir, ne semble nullement pressé de reveler tous ses secrets.
La solution ? Soyez aussi patients que lui, trouvez lui une place dans votre cave et faites-en votre compagnon de table pendant les 10 prochaines années.
ACCOMPAGNEMENT HERBIVORE : aubergines confites, poêlée de champignons, curry au légumes de saison…
ACCOMPAGNEMENT CARNIVORE : côtelette de veau sauce au vin rouge, filet mignon à la moutarde et pintade aux morilles dans sa jeunesse, saltimbocca de faisan à la romaine (enveloppé de sauge et de jambon cru), pigeon rôti aux cèpes et fromages affinés type « Époisses » après quelques années de vieillissement.
Au débourrement de la vigne, la future récolte est déjà là !
La vigne sort de son repos hivernal selon un « protocole » assez bien établie et qui démarre déjà en plein hiver. Tout commence par des larmes, ou plutôt des pleurs, des gouttes « d’eau » qui se forment sur les plaies de taille. Ils indiquent que les racines de la vigne ont terminé leur sommeil hivernal et reprennent leur activité. Le nombre de semaines qui s’écoule entre les premières larmes et le débourrement (le moment que les bourgeons laissés à la taille s’ouvrent) est variable, car l’horloge interne de la plante dépend de la température du sol et la longueur des journées. Quand l’ensemble des conditions externes est favorable, la vigne se réveille et le nouveau millésime démarre.
Tous les cépages évoluent à leur propre rythme. Au-delà de leur sensibilité aux facteurs externes, ils possèdent également une sorte d’horloge interne, inscrit dans le code génétique. En fonction de ce « biorythme » naturel, on distingue alors les cépages précoces des cépages tardifs. Ce qui nous importe au final, c’est de pouvoir cueillir les raisins de chaque cépage à leur maturité optimale pour élaborer nos vins. Tous les cépages sont ainsi classifiés selon leur « époque de maturité », le cépage référent étant le Chasselas. Cette classification est aussi appelé Classification PULLIAT, d’après un ampélographe français du XIXiem siècle.
Les époques de maturité des cépages
Les cépages à cycle court se sont traditionnellement établis dans les régions viticoles fraîches et les cépages à cycle plus long dans les régions plus chaudes. Bien entendu, les cépages à cycle court montrent une certaine tolérance envers un climat plus chaud, car on trouve bien du Chardonnay et du Cabernet en Languedoc, et le Viognier, cépage blanc très aromatique, migre depuis des années de Condrieu, son fief en Vallée du Rhône, vers les vignobles méditerranéens. En revanche, l’installation des cépages tardifs dans les régions froides est plus difficile, voire parfois impossible, parce que leurs raisins n’atteignent tout simplement pas la maturité nécessaire pour les vinifier.
Mais regardons de plus près ce qui se passe au moment du débourrement de la vigne.
Bourgeons et grappes de la vigne
Les bourgeons s’ouvrent en quelques jours et laissent apparaître les premières feuilles. Mais pas seulement. Les bourgeons ou yeux laissés à la taille sont dits « fructifères ». Cela signifie, qu’elle contiennent déjà les « micro » grappes que l’on va cueillir cinq ou six mois plus tard. Autrement dit, les bourgeons qui éclatent en ce moment un peu partout dans les vignobles de l’hémisphère nord, contiennent déjà la récolte de cette année. C’est pour cette raison que les vignerons craignent particulièrement des gelées ou de la grêle au printemps. Même si ces deux phénomènes ne mettent rarement les plantes en danger, ils peuvent néanmoins sérieusement compromettre la récolte de l’année.
Lors de sa venue dans la région en début d’année, Jeb Dunnuck du Wine Advocate s’est penché sur le millésime 2004. Voici ses descriptions de nos deux Gigondas :
Santa Duc Gigondas
Santa Duc Tradition 2004
Aisément à considérer comme un des meilleurs domaines de Gigondas, Yves Gras a également élaboré un des meilleurs vins en 2004. Ce Gigondas 2004 est un assemblage de 75% de Grenache, 15% de Syrah et le restant en Cinsault a été élevé dans de grands foudres. Issu d’une variété de terroirs, il se montre charnu et épicé, avec des arômes d’herbes grillés, de fleurs frais de printemps, ainsi que des cerises et de fruits noirs qui émergent du verre. Ample, bien structuré et harmonieux, c’est une belle bouteille qui s’apprécia jusqu’en 2019.
Santa Duc Prestige des Hautes Garrigues 2004
La grande cuvée du domaine, un assemblage de 80% de Grenache avec 20% de Mourvèdre, est fait à partir de vignes vieilles de 50 à 80 ans. Élevé dans des barriques neuves pour une partie, en cuve pour l’autre, ce vin montre toujours une belle couleur encre avec des reflets pourpres, ainsi que d’impressionnants flaveurs de crème de cassis, d’épices toastés, de réglisse et quelques notes de viande fumée. Il est riche, vigoureux et pure, avec une belle structure tannique enveloppée dans une profondeur et une concentration fantastique. Savourez ce Gigondas renversant jusqu’en 2024.
Délicieux 2012 ! Le Chateauneuf-du-Pape « Habemus Papam » d’Yves Gras
Le passage de Jeb Dunnuck (le successeur de Robert Parker dans le Rhône pour le Wine Advocate) au domaine à la fin du mois d’août était pour nous une occasion de déguster et faire le bilan des vins des deux derniers millésimes. Confiant au regard de la qualité du millésime 2011 déjà en bouteille, Jeb Dunnuck a jugé le millésime 2012 en cours d’élevage « excellent ».
Parmi les vins dégustés, la cuvée Habemus Papam de Chateauneuf-du-Pape 2012 nous tient particulièrement à cœur. C’est en effet notre troisième millésime sur le terroir des Saintes Vierges, assemblé pour la première fois avec les raisins provenant des parcelles situés sur La Crau et La Font des Papes, acquis début 2012. C’est donc aussi le premier millésime qui présentera un volume plus conséquent pour cette cuvée, afin de satisfaire la demande grandissante de nos clients.
Marqué par le fruit éclatant du Grenache, l’assemblage des 3 foudres de chêne surprend au premier nez par sa puissance et sa fraîcheur. La Syrah reste d’abord en retrait, pour s’installer progressivement et confortablement dans le bouquet du vin, apportant un délicat parfum de pruneaux et quantité d’épices au nez : badiane, poivre et un soupçon de girofle, ainsi que quelques olives noirs confits. Un boisé fin et élégant se fait temporairement remarqué par des notes beurrées, avant de replonger dans le vin. Un très beau nez, en parfaite harmonie, montrant une remarquable complexité aromatique instantané et évolutive. La bouche est dominée par une succulente et juteuse présence de fruits rouges, finement structure par une fraîcheur minérale et des tanins fins et serrés.
Un vin que l’on aimerait déjà savourer au cours d’une longue soirée d’hiver… mais qui continuera son élevage jusqu’au printemps 2014.
Dégustation Domaine Santa Duc Gigondas Prestige des Hautes Garrigues 2011
Très expressif, ce vin montre un véritable bouquet aromatique. Mûr et puissant, le fruit dominé par la griotte se lie très bien avec les épices exotiques, cannelle, vanille, poivre, et les herbes sauvages de la région tel le romarin et la menthe poivrée.
Les tanins s’expriment pleinement sur un joli fond de fraîcheur et de douceur typique du mariage entre Grenache et Mourvèdre. Une cuvée de garde qui montre pleinement le beau potentiel de ce millésime en vallée du Rhône.