« Installé sur 21 ha de vignes, et au moins autant d’oliviers, d’amandiers et de chênes truffiers, Pierre Cros est un grand artiste vigneron, reference du Minervois... » (Guide Hachette)
Lors des dégustations, mon attention ne se laisse pas souvent distraire par la couleur d’un vin. Mais ce Touriga nacional du Minervois noir et opaque fait exception. Le disque est pourpre et brillant et la couleur semble coller au verre comme un encre épais. Je suis surpris de trouver un nez plutôt discret après cette introduction visuelle, laissant entrevoir des arômes de fruits noirs, d’encre et goudron, voir quelque chose du règne végétal. Puis le vin s’ouvre, sans pour autant montrer une puissance phénoménale. Les fruits noirs se diversifient en mûre et cassis, le goudron devient de la fumé et des épices douces surgissent au milieu du verre : vanille, cannelle, chocolat au lait.
Frais, souple, peu tannique et fin, avec peut-être un peu d’amertume lié à la jeunesse en final. C’est gourmand, c’est salivant, c’est entrainant et excellent avec un bout de Cantal jeune !
Plus tard dans la soirée, j’ose aller sur du chocolat aux piment et épices. Le résultat est surprenant. Alors que le chocolat lui prend une partie de sa douceur (sans pour autant le durcir), elle fait exploser l’aromatique du vin, relevant le végétal si discret des premiers nez sous forme de romarin et de laurier.
Juste pour le plaisir des yeux - des Carignans et Aramons flamboyants pendant l’automne dans les Aspres
À l’occasion de la première journée internationale du Carignan, le Carignan Day, le 29 février, Pierre Cros avait sorti quelques vieux millésimes de son pur Carignan de la cave, afin d’organiser une dégustation verticale du millésime 1999 à aujourd’hui. Assez familiarisé avec les millésimes récents de 2007 à 2011, je ne savais pas comment se présenteraient les vins les plus anciens. Après une préparation adéquate des vins – température de 16° C, ouverture des bouteilles 4 heures avant – j’ai pu les déguster en présence de quelques amis du vigneron et deux illustres journalistes, en commençant par le millésime 1999.
CarignanDay Pierre Cros
Certains, plus rapide que moi, ont déjà écrit sur cette dégustation et leurs vins préférés (2000, 2002, 2004, 2005 et 2010 pour Michel S. , 1999 et 2007 pour André D. ).
Après quelques mois de réflexion, vous trouverez ici mes propres impressions. Pour ne pas vous perdre dans 13 millésimes de phrases vineuses interminables, quelques mots clés devraient suffire, sauf si bon me semble d’en dire un peu plus.
Vieilles Vignes Millésime 2010 encore jeune, fruité, peu tannique, acidulé, citronné
Vieilles Vignes Millésime 2009 très mûr, complet, structure tannique puissante, tendu, à manger
Vieilles Vignes Millésime 2008 très fruité, riche, volume, dense
Vieilles Vignes Millésime 2007 beurré, gras, suave, généreux - encore un grand potentiel de garde !
Vieilles Vignes Millésime 2006 frais, encore jeune, ample, structuré
CarignanDay Pierre Cros
Vieilles Vignes Millésime 2005 Ce vin donne une étonnante impression de jeunesse et de fraîcheur, avec une belle tenue et des tanins serrés. Il évolue lentement et semble avoir encore quelques années d’évolution aromatique et gustative devant lui. Grand sur un confit de canard, terrible sur le moelleux d’un Cassoulet !
Vieilles Vignes Millésime 2004 pain d’épices, piment, souplesse, velouté… des impressions quelque peu exotiques. À boire et à garder.
Vieilles Vignes Millésime 2003 fondu, volume, assez généreux (mais beaucoup moins que l’on pourrait s’imaginer sur ce millésime), de beaux tanins
Vieilles Vignes Millésime 2002 épices, caramel, velouté, un bon vieux vin de 10 ans d’âge, qui l’aurait cru au moment des vendanges ? C’est peut-être encore une preuve que c’est la vigne qui fait le vin - en occurrence une vieille dame de 97 ans à l’époque. Apparemment assez insensible aux aléas météorologiques, elle a structuré et épicé son raisin comme il le faut, sous les pluies quasi diluviennes du millésime 2002…
Vieilles Vignes Millésime 2001 grillé, torréfié, fruit cuit, fluide
Vieilles Vignes Millésime 1999 moins de fruit, mais beaucoup d’élégance. Un vin linéaire, étoffé, avec une aromatique très minérale et terreuse - la bonne terre chaude fraîchement retournée un matin d’automne. Un vin de chocolat (amer), de cigare (si vous voulez), de cheminée. Très intime…
Septième coup de cœur au Guide Hachette pour la cuvée phare du Domaine Pierre Cros
Septième coup de cœur pour la cuvée phare du domaine.
Véritable « guide spirituel » du Minervois, Pierre Cros fait partie de ces grands artistes vignerons qui, ayant trouvé le graal dans leurs souches, nous font partager l’œuvre de leur vie en honorant nos tables de divins breuvages.
Pierre Cros Les Aspres - VinParleur
Ce 2009 livre des parfums de cassis, de mure, de vanille, de poivre et de cannelle d’une intensité exceptionnelle. Suave, sensuelle même, la bouche dévoile une chair onctueuse et s’achève en apothéose sur « une éternité de caudalies. »
Le rose c’est sans doute la plus belle couleur de l’été – Pierre Cros Tradition Minervois
Le vin rosé est sans doute le vin gagnant de la dernière décennie. On en boit, on en boit de plus en plus, on l’aime et on l’attend presque comme on attend l’été. Sa popularité lui a visiblement fait du bien, car les efforts et résultats qualitatifs ont été considérables ces dernières années. Loin semble être l’époque du grand Château Migraine en bouteille plastique de 5 litres. En effet, le vin rosé est aujourd’hui considéré comme un vin à part entière, et non comme un vin hybride qui cherche sa personnalité quelque part entre le blanc et le rouge.
Ils existent aujourd’hui plusieurs grandes régions et grandes écoles de vin rosé : la Loire, avec son Gamay et Cabernet franc parfois sucrés, la Provence avec son Mourvèdre et Tibouren noir, les rosés du Rhône à base de Grenache et avec son Tavel - rosé des rois - et le grand Languedoc avec ses vins méditerranéens de Grenache, Syrah, Cinsault, Carignan…
Quand à l’élaboration, deux grandes écoles s’opposent et complètent : les vins rosé de pressurage direct et les vins rosé de saignée. Comme l’explique son nom, les raisins (noirs) vendangés pour élaborer un vin rosé de pressurage direct sont directement mis dans le pressoir, souvent après un érafflage, pour extraire le jus des raisins. Dû au faible contact entre le jus et la pellicule qui contient la couleur, la coloration de ces jus est souvent faible et donnera des vins rosés clairs. Mais attention, la couleur des moûts dépend entre autres du cépage, de la maturité des raisins et de la mise en œuvre du pressurage. Le moût obtenu par pressurage direct est ensuite fermenté à basse température, comme un vin blanc.
Pour un rosé de saigné, les raisins (toujours noirs) sont érafflés et foulés (léger écrasement des baies pour faciliter l’écoulement des jus) et mis dans une cuve réfrigérée. C’est surtout le temps de contact entre le jus et la pellicule qui décidera de la couleur et du caractère du vin – toujours en fonction du cépage et de la maturité. Au bout de quelques heures la cuve est saignée, en tirant une partie du jus vers une autre cuve. La vendange fraîche qui reste dans la première cuve fera du vin rouge, tandis que la saignée est vinifiée comme un vin blanc, en phase liquide.
Classiquement on obtient deux types de rosé distincts par ces procédés : le rosé de pressurage avec peu de couleur et un profil gustatif tendu, frais et assez léger, et le rosé de saigné avec une couleur plus soutenue, assez généreux, rond et gourmand. Bien évidemment, on peut utiliser les deux techniques ensemble pour élaborer un seul vin rosé. L’essentiel est d’adapter la technique utilisée aux raisins et au profil de vin souhaité.
La cuvée Tradition de Pierre Cros en est un bel exemple. Constitué par quatre cépages méditerranéens, les deux techniques sont appliquées : pressurage direct pour le Grenache et le Mourvèdre, saignée pour le Cinsault et la Syrah. Les deux premiers apportent ainsi fraîcheur et relief, complétés par la douceur et la rondeur du Cinsault et de la Syrah. De couleur pâle et brillante, ce rosé présente un nez très attrayant de fraise et framboise dans sa jeunesse, qui se complète avec le temps de quelques notes d’écorce d’agrumes et de menthe. Frais et léger en bouche, et avec quelques tanins discrets en fin de bouche, ce vin a du relief et de la continuité, bref, une très grande buvabilité ! Servi à la bonne température (10 à 12°C), c’est un rosé d’apéritif, un rosé de terrasse, un rosé de repas, bref un véritable ami de l’été…
Voyage à Trilla pour le festival des vieux cépages
La deuxième fête des vieux cépages, organisée par le journaliste André Dominé & friends a eu lieu le samedi 21 juillet dernier à Trilla, dans les Pyrénées-Orientales. Après Perpignan, une route montante et sinueuse, donnant envie de s’arrêter pour contempler le paysage tous les 200 mètres, m’a amené vers 9 heures du matin à Trilla.
Festival des vieux cepages à Trilla - VinParleur
Le village se préparait à la fête et la salle annexe de la mairie se remplissait avec des vigneronnes et vignerons, ainsi qu’avec des bouteilles aux vieux noms fièrement affichés sur les étiquettes : Grenache noir et blanc, mais également l’impressionnant gris, Lledoner pelut (le Grenache velue catalan), un Ribeyrenc de Saint Chinian, du Picpoul noir et de l’Aramon venu du Minervois, du Cinsault corsé et de l’Œillade fraîche et le Carignan bien sur, dans toute sa splendeur et sur presque toutes les tables, y compris dans le Carignan Corner de Michel Smith.
Des vins secs aux vins doux, nous retrouvions beaucoup de caractère dans toutes les bouteilles et dans tous les verres ! Interrompu seulement par deux petites heures d’un repas vigneron convivial et délicieux (et encore et encore des dégustations) et par une prestation quelque peu exotique de danse brésilienne, la salle était pleine du matin au soir, permettant aux amateurs et curieux venus de près ou de plus loin de découvrir un beau chapitre d’histoire et d’avenir, espérons-le, du Languedoc-Roussillon viticole. Mes papilles et moi-même en tous cas, nous nous sommes vraiment régalés !
Première journée du Carignan, Carignan Day – Un article de André Dominé pour Weinwirtschaft Allemagne 7/12
C’est un allemand qui a eu l’idée, l’œnologue Sebastian Nickel, qui a fait ses études à Montpellier, où il travaille aujourd’hui dans la communication viticole à travers sa structure VinParleur (www.vinparleur.net). Le 29 février, il a invité des producteurs de Carignan chez Pierre Cros dans le Minervois. Celui-ci produit un pur Carignan, issu d’une vigne plantée en 1905, depuis 1997 et proposait une dégustation verticale de son Minervois Vieilles Vignes de 1999 à 2011.
Essentiellement produit par macération carbonique et vieilli dans des fûts de chêne avinés, la dégustation a su démontrer le remarquable potentiel de vieillissement de ce cépage, car le millésime 1999 donnait, avec un 2007 très prometteur, le vin le plus attrayant.
Carignanday Weinwirtschaft 7-12
Le Roussillon était représenté par le journaliste et défenseur passionné de Carignan Michel Smith (www.les5duvin.com). Avec 5 amis, il a sauvé un hectare de vieux Carignan à côté de Tressere. Il y produit Le Puch, une interprétation singulière de cette variété - frais, croquant et appétissant - à boire légèrement rafraîchi. Michel Smith a été déclaré président d’honneur du prochain Carignan Day en 2013, l’événement devrait de ce fait gagner en ampleur.
Déjà il a été fascinant de découvrir une panoplie de vins très différents, tous issus de Carignan, avec quelques vins rouges d’une élégance surprenante.