Vous vous demandez quel vin boire ce mois ci ? Pourquoi ne pas laisser choisir votre signe astrologique ? [...]
Patience et persévérance caractérisent les capricornes. Ils sont également connus pour « grimper les plus hautes montagnes » et ils aiment escalader vers de nouvelles hauteurs sentimentales, sociales et mêmes physiques. Ce signe de la terre est souvent têtu et connait bien ces préférés, sans pour autant s’interdire la découverte. Les juteux et complexe Malbecs de Cahors, comme le Château du Cèdre 2006 (95 points) devraient enchanter tout capricorne...
A l’ouverture de la bouteille je suis perplexe et je crois m’être trompé de vin. Je retourne fouiller dans mes cartons, mais il n’y a pas d’erreur, c’est bien le premier millésime du Pinot noir de Pierre Cros. Pour explication : le premier millésime mis en bouteille de ce vin était 2003. Une micro-cuvée, 3 barriques seulement, que Pierre a lancé presque en même temps que son Grenache. Au début, les deux bouteilles étaient habillées avec la même étiquette « Pierre-Henry ». Seule différence : affichage du millésime et de l’AOC Minervois pour le Grenache, Vin de Table sans millésime pour le Pinot. Depuis, le Grenache est resté « Pierre Henry », tandis que le Pinot fait partie de la gamme de vins de table « La Liberté » de Pierre Cros, avec les cuvées Touriga nacional et Nebbiolo.
Retour à la dégustation. C’est donc bien le Pinot noir 2003 que j’ai dans le verre, d’un millésime souvent décrié comme avoir été trop chaud pour donner de bons vins. Surtout en Pinot… La preuve du contraire se trouve dans mon verre : une belle couleur grenat tuilé, un nez intense et élégant avec des raisin de Corinthe, de l’abricot sec, du bois cèdre, des bâtons de réglisse, du kirsch, une soupçon de mentholé... Mon nez reste collé au verre !
En bouche c’est encore mieux. Le vin est fluide et frais, rafraichissant même, et étonnamment structuré. Des tanins droits et veloutés avec un grain très fin. Beaucoup de douceur, un léger côté sucré et la même palette d’arômes qu’au nez, les épices et du cacao en plus.
Le lendemain, la même magie gustative, avec une palette aromatique élargie de miel au thym et du tabac blond. Un rien plus oxydatif (c’est du Pinot quand même…), mais c’est aucunement gênant.
Les arômes et l’élégante puissance du vin m’ont fait penser au début de m’être trompé de « Pierre-Henry ». Ce n’est pas la première fois que je trouve des ressemblances aromatiques et gustatives entre un vieux Grenache et un vieux Pinot noir. Alors, Grenache le Pinot noir du sud, ou Pinot noir le Grenache du Nord ?
Je ne sais pas, mais une chose est certaine : ce Pinot noir sudiste est, c’est un grand vin d’un grand millésime…
Le C. sauvignon et le C. franc sont unis dans ce vin quasi noir.
Déjà au nez je retrouve les arômes qui me font aimer ces cépages : du cuir, du cassis et du sureau, puis quelque chose de discrètement herbeux. On pourrait l’appeler poivron vert, mais je trouve que l’odeur est plus distingué, rappelant plutôt la douceur piquante du piment.
La douceur se trouve aussi en bouche, portée par une acidité élégante. Léger, fluide, plein de jeunesse, puis une poignée de tanins fins et du fumé en finale.
J’aime ces vins sombres et enfumés, en automne, en hiver, le soir, face à la cheminée, quand dehors l’humidité monte avec ses odeurs des bois et des champs.
Parfois il faut être patient dans la vie, surtout dans la vie du vin. Deux ans de garde sous bois, puis 8 ans de maturation en bouteille dans les caves du Château du Cèdre pour ce Cahors « Grand Cru » du mythique millésime 2000.
Je sors un bouchon sans imperfection de la bouteille (il a une odeur agréable de liège et de fruits secs) et verse un vin rouge et sombre, mais plus diaphane qu’attendu dans le grand verre que j’ai choisi. Je crois que ce vin aura besoin d’espace…
Je ne suis pas mal surpris quand je rencontre un nez frais et encore jeune en m’approchant du verre. De la griotte surtout, avec un peu de cassis, et tout un tas d’arômes hésitants qui semblent préférer rester cachés au fond du verre. Je choisi une carafe assez étroite et y transvase assez rapidement le vin, en faisant attention de bien le séparer de son dépôt granuleux qui s’est formé au fond de la bouteille au cours des dernières années.
Et voilà que le bouquet commence à s’ouvrir : vanille, cannelle et noisette, puis du girofle se joignent aux fruit de plus en plus puissant et mure, laissant de la place à l’olive noir et du citron confit au fond du verre.
A l’attaque, la bouche est dominée par la minéralité et des tanins non pas sans caractère mais aussi avec beaucoup de grâce et délicatesse. Montant continuellement en puissance, ce vin gagne rapidement une belle ampleur qui reste néanmoins soutenue par l’acidité. La finale est longue et généreuse, mêlant du bois de cèdre, un soupçon de fumé et du poivre blanc à la griotte confite à l’eau de vie.
Le tout dégusté sur un Duo de Faisan, relevé avec un savant mélange d’épices orientales et occidentales (laurier, genièvre, curcuma, coriandre, gingembre et citron…), posé sur un lit de lentilles noir et de fines tranches de lard…
Un vin riche et savoureux aujourd’hui et encore pour quelques années… La patience, vous savez, parfois elle paye !