Après une récolte historiquement basse en 2017, de nouveaux défis nous attendent pour les années à venir. Après avoir construit un vignoble en harmonie avec son environnement au cours des dernières décennies, grâce au formidable travail de mon frère Jean-Marc et son équipe, ainsi qu’à l’orientation vers l’agriculture biologique, ce sont désormais les caprices climatiques que nous devons affronter.
Le printemps dernier, le vignoble de Cahors a été assiégé par cinq jours de gel consécutifs, qui ont eu raison d’une grande partie de la récolte. Après un été chaud et sec, avec quelques pluies bénéfiques au mois d’août et de septembre, nous avons cueilli une très belle vendange en début d’automne, avec un rendement moyen de 11 hectolitres par hectare…
La qualité de la vendange et l’état sanitaire parfait nous ont permis de tout vinifier naturellement, sans ajout de sulfites.
Actuellement, nous sommes en pleine taille de la vigne. Après les faibles rendements de 2017, les vignes promettent une belle récolte 2018, que nous comptons bien mener à bon port !
Bien à vous,
Pascal Verghaege
« Yves Gras produit quelques-uns des Châteauneuf-du-Pape les plus irrésistibles »
« Il est intéressant de suivre l’évolution de ce domaine pendant les 20 dernières années. Tandis que la devise a toujours été d’obtenir des raisins de qualité, issus d’une viticulture de précision avec des rendements modérés, la philosophie concernant la maturité, l’extraction et l’élevage a quelque peu changé. Je suppose que l’architecture moderne de la tour qui accueille le public et les bureaux au domaine a surpris plus d’un à l’époque de sa construction. Mais aujourd’hui elle est juste emblématique pour l’esprit visionnaire du propriétaire Yves Gras et son fils Benjamin.
Le domaine a accueilli ses premières jarres en 2014 et Yves m’a expliqué que la part des vins vinifiés et élevés en terre cuite pourrait atteindre 10% dans toutes les cuvées en 2017. À la place de la puissance, père et fils cherchent équilibre et fraîcheur dans leurs vins, appréciant la neutralité des jarres. Sur le plateau qui accueille le domaine et une partie du vignoble à Gigondas, ainsi que dans les vins, le mourvèdre devient de plus en plus important. « C’est un bon outil contre le réchauffement climatique » affirme Benjamin.
Domaine Santa Duc
Yves Gras, vigneron à Gigondas, a patiemment agrandi son vignoble de Châteauneuf-du-Pape, où il cultive aujourd’hui six hectares de vigne, permettant de produire quatre cuvées différentes. Je suis certain de bouleverser certains en admettant qu’un « outsider » comme Yves Gras produit quelques-uns des Châteauneuf-du-Pape les plus irrésistibles. Mais vous devez garder en tête, qu’il s’agit de véritable bijoux, produits en petite quantité et il n’est pas toujours facile de mettre la main dessus. »
Joe Czerwinski –@RobertParker.com October 2017
Le bon sens paysan – un investissement pour l’avenir !
Le bon sens paysan – un investissement pour l’avenir !
On n’est pas obligé d’être « certifié bio » pour essayer, en toute humilité, de comprendre un tant soit peu le fonctionnement de nos sols.
Peut-être vaut il mieux investir dans la création de fausses et les analyses qui en découlent pour apporter à la terre les amendements organiques dont elle a besoin. Plutôt que de payer un organisme juste chargé de vérifier nos factures d’achat de produits phytosanitaires et de délivrer par la suite le fameux agrément que l’on va apposer sur les bouteilles.
Peut-être qu’il serait aussi bon de savoir que personne n’a le monopole du travail manuel dans les vignes, plutôt que d’utiliser systématiquement des produits phytosanitaires… Rassurez-vous !
Peut-être qu’il n’est pas nécessaire de faire appel à une mule ou un âne, que l’on va photographier généreusement, sous prétexte que l’on tasse moins les sols… surtout si après on récolte à la machine à vendanger !!!
Peut-être peut on montrer que nous aimons et respectons l’environnement et la nature, en le faisant voir différemment. Notamment aux enfants des écoles qui prennent déjà un malin plaisir à ce joindre à l’équipe des vendangeurs.
Ces vendangeurs qui respectent encore les traditions en fêtant dignement le « dios abol » (la fin des vendanges) dans la joie et la bonne humeur...
L’effeuillage de la vigne consiste à enlever l’intégralité ou une partie des feuilles autour des grappes, donc dans la zone fructifère. Effectué au bon moment et avec savoir faire, cette pratique permet d’influer directement sur l’état sanitaire, sur la synthèse des polyphénols des raisins rouges et même sur le profil aromatique.
Entblättern von Wein
L’effeuillage permet en effet d’aérer les grappes, ce qui limite le développement de Botrytis, premier responsable de la pourriture. De plus, les produits phytosanitaires seront mieux positionnés sur les raisins, ce qui augmente nettement l’efficacité des traitements.
Exposer les raisins à la lumière et à la chaleur, au lieu de les laisser cachés dans le feuillage, modifie également leur constitution. La synthèse des polyphénols (tanins et couleur) et de certains arômes sont directement liées au soleil. Généralement, les raisins deviennent plus fruités et moins végétal. Enfin, les raisins rouges de vignes effeuillés montrent un taux plus élevé en polyphénols et des tanins plus mûrs.
Effectué manuellement ou mécaniquement, il est néanmoins important de veiller à ne pas trop exposer les raisins, au risque de les voir brulé par le soleil. En général, on choisit d’enlever les feuilles seulement d’un côté des vignes, soleil levant ou côté nord.
Depuis quand vous intéressez-vous à la biodynamie ?
BG : « Depuis de nombreuses années maintenant. J’ai lu une grande quantité de documents à ce sujet, issus ou non de la littérature scientifique. Je suis plutôt cartésien alors les études scientifiques qui comparent l’agriculture biologique à la biodynamie m’ont beaucoup aidé à murir ce projet. La Biodynamie souffre encore aujourd’hui de certains illuminés qui propagent une image biaisée de ce qu’elle est réellement : une pratique agricole fondée sur l’observation et la prise en compte de tout élément de l’environnement qui peut influencer le développement de la vigne. »
Benjamin Gras - Domaine Santa Duc
Quel a été l’élément déclencheur ?
BG : « L’expérience de nombreux de nos confrères qui ont vu des résultats incroyables en appliquant les principes de cette pratique culturale. Mais aussi mon expérience au Domaine de la Romanée-Conti où je l’ai pratiquée. Vous savez, les bourguignons sont dotés d’un bon sens paysan exacerbé, ils ne font pas les choses pour rien. Pourtant un grand nombre de domaines bourguignons appliquent les principes de la Biodynamie. Je me suis toujours dit que je l’appliquerai en revenant au domaine. Voilà chose faite. »
Au-delà de l’agriculture biologique, qu’attendez vous de la biodynamie ?
BG : « Depuis qu’il a repris la gestion du domaine en 1985, mon père Yves a toujours conduit le domaine en Agriculture Biologique. Il en appliquait par conviction ses principes avant même que cela ne devienne une mode. L’amour du terroir nous a toujours poussé à protéger nos sols. La biodynamie est une étape supplémentaire qui nous permet de renforcer davantage la vie des sols en activant la vie microbienne mais aussi en poussant la vigne à renforcer son système immunitaire. Elle apprend à se défendre par elle même au lieu de subir l’action des molécules médicaments. La vie du sol est le secret des grands vins. Une vigne en équilibre avec son terroir et son environnement produira des raisins équilibrés qui donneront des vins équilibrés. Nul besoin de corriger quoi que ce soit à la cave. »
Où et comment vous êtes-vous formés à cette pratique ?
BG : « Par la lecture, des rencontres, des stages... Aujourd’hui, nous travaillons avec Dominique Massenot, un consultant en biodynamie qui nous aide à décider des dates clés. Je suis très satisfait de notre collaboration, il est très mesuré dans son conseil et nous n’oublions jamais le côté agronomique lors de nos réflexions. »
La vigne est une liane qui a de très longs rameaux. Pour la production de vin, on cherche à produire un raisin équilibré et sain. La taille sert entre autres à maintenir le végétal et à réguler les rendements. C’est donc une manipulation importante pour assurer l’équilibre de la plante et sa pérennité, ainsi que la production d’un fruit de qualité.
2013 – Retour sur un millésime pas si mal et plutôt heureux
Certes, nous nous souvenons tous des accidents de grêle survenus dans plusieurs vignobles, tout comme le printemps anormalement frais et humide. Mais nous oublions souvent, que la première conséquence de ces malheurs météorologiques est une baisse des rendements. En 2013, c’était surtout pendant la floraison, quand les fleurs de la vigne deviennent des baies, que la météo à causé des problèmes. Car quand la vigne est en fleur, elle n’aime pas être dérangée. Le froid, le vent, l’excès de pluie, mais également la sècheresse et la chaleur peuvent provoquer la coulure, ou l’avortement des fleurs.
Ainsi, en 2013 (comme en 2012), la France ne se trouve pas en tête du classement, mais « seulement » à la deuxième place, avec quelques 44 millions d’hectolitres (= 4 400 000 000 de litres) de vin produit. Pas de quoi s’affoler, car n’affirmons-nous pas habituellement que le bon vin ne soit pas une question de quantité mais plutôt de qualité (et je tiens à m’excuser ici pour cette généralité qui doit faire grincer les dents des producteurs dont la survie économique a été mis en péril par des pertes de vendange excessives) ?
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on ne peut pas juger un millésime sur son seul bilan météorologique national ou même régional. En tant que vigneronne et vigneron, on réfléchit et on argumente par parcelle, par cépage, par microclimat. Et chaque microclimat est influencé par de nombreux facteurs. Un bosquet qui protège du vent, une exposition plein sud, quelques mètres d’altitude en plus, un cours d’eau à proximité… et vos vignes peuvent s’en sortir ou souffrir davantage.
« Un millésime rare mais bon pour le vin » pouvait-on lire sur le site de Capital en septembre 2013. C’est une phrase à retenir lors de votre prochaine visite chez votre caviste de confiance. Plutôt que de bouder ce millésime victime de polémiques et de généralités écrites par des personnes peu compétentes, partez à la chasse aux pépites d’or. Je vous assure qu’il y en a plein !
Mains vs machine – Quels choix pour les vendanges ?
À l’approche des vendanges, certains doivent choisir entre une vendange manuelle ou une vendange mécanique. Tandis que la vendange à la main est généralement considérée comme qualitatif, la machine n’arrive toujours pas à se défaire de son image de « bulldozer ». Mais les choix qui peuvent conduire à choisir l’un ou l’autre sont multiples : techniques, pratiques, économiques, philosophiques… Voici quelques faits et idées.
Éloge à la machine
La vendange mécanique est en moyenne 3 fois plus rapide que la vendange manuelle et donc moins coûteuse. En plus, elle permet de vendanger jour et nuit.
Vendanger à la machine
Outre le gain de temps, la vendange à la fraîcheur nocturne peut être bénéfique pour l’élaboration des vins blancs et rosés. Et en cas de calamité météorologique annoncée, la vitesse de la machine permettra parfois de sauver la mise. L’investissement du départ est néanmoins lourd (il faut compter 150.000 € à 200.000 € pour une machine neuve) et la récolte mécanique exige une adaptation du vignoble et des méthodes de travail : taille, palissage, personnel formé, bonne maîtrise des maturités et de l’état sanitaire… ce qui permettra de rentrer une vendange hautement qualitative.
Glorification de la main
La vendange manuelle garde son image « bon enfant ». Des personnes venues de tout part se retrouvent, on travaille en pleine air, on partage les repas et le vin, on s’amuse bien.
Vendanger à la main
Elle contribue donc à faire perpétuer un métier artisanal vieux de plusieurs millénaires et contribue à la richesse de la vie sociale en milieu rurale.
Au niveau technique, elle permet d’effectuer un tri des raisins très précis et d’écarter tout grain suspect. C’est un geste très précieux, car la qualité de la récolte se retrouve généralement dans le vin. Certaines vinifications exigent l’utilisation de grappes entières, non éraflées, comme la macération carbonique pratiqué dans le Beaujolais et dans les vignobles Méditerranéens. Sachant que la machine récolte des graines et non des grappes, là aussi la main de l’homme s’impose.
Heureux ceux qui n’ont pas le choix ?
Dans certaines cas néanmoins, les vigneronnes et vignerons n’ont pas le choix, car quelques appellations françaises interdisent tout simplement la vendange mécanique. C’est par exemple le cas pour le Champagne et pour les Crémants. D’autres vignobles, tel Saint Joseph ou les parcelles de Gigondas lovées contre les Dentelles de Montmirail bénéficient d’un terroir tellement escarpé, que la vendange manuelle s’impose.
Parfois c’est aussi le contexte économique qui ne laisse pas le choix. En France, le prix moyen de vente d’un litre de vin se situe entre 3 et 4 € (toute catégorie confondue). Pour les produire, c’est simple : il faut faire des économies où on peut…