Alors que nos terroirs s’expriment depuis longtemps déjà avec noblesse et élégance à travers cette cuvée, le vin semble prendre des libertés insoupçonnées grâce à une vinification et un élevage naturel sans soufre. Un bouquet fier et lucide, avec un fruit si pur, qu’il semble être cueilli il y a peu de temps seulement. Des fleurs aussi et quelques épices, provenant d’un élevage long et délicat en foudre de bois. Une bouche croquante, avec une acidité quasi cristalline, une belle matière fondue et une finale longue et riche.
Quand la main de l’homme se retient, la nature montre le véritable visage du vin. Pour nous, ce vin est une belle leçon d’humilité.
Les sélections parcellaires de Santa Duc à #Gigondas
GIGONDAS AUX LIEUX DITS
Assemblage
Ce vin d’assemblage reflète l’ensemble de notre vignoble à Gigondas. Il trouve son caractère dans la diversité de huit lieux dits différents, exprimé à travers quatre cépages rhodaniens. Alluvions d’argiles rouges, marnes calcaires et argiles bleues contribuent autant que le Grenache et la Syrah, le Mourvèdre et le Cinsault à l’élaboration de ce vin intense et élégant. Marqué par le fruit et des essences végétales nobles tel le thé vert dans sa jeunesse, il entreprend habituellement une lente évolution vers des notes d’épices exotiques au cours de quelques années de garde.
LIEU-DIT LES HAUTES GARRIGUES
Sélection Lieu-dit
C’est dans ce terroir que les vins de notre domaine s’enracinent solidement depuis cinq générations. Les terrasses d’alluvions argileuses et caillouteuses, déposées par l’Ouvèze au Quaternaire, offrent des sols profonds et secs à la vigne. Terroir de prédilection du Grenache, il offre également des conditions idéales pour la culture du Mourvèdre. Les vins qui naissent dans ce lieu-dit sont sérieux et profonds, marqués par les épices et des tanins charnus, qui leur confient une longévité extraordinaire.
LIEU-DIT CLOS DERRIÈRE VIEILLE
Sélection Lieu-dit
La vue qu’offre ce lieu situé à 350 mètres d’altitude, derrière les anciens Hospices et l’église du village, est extraordinaire. Ici, la vigne se cultive sur de longues terrasses étroites, épousant la morphologie du paysage et des roches calcaires. Après 18 mois d’élevage en foudre de bois, le vin s’exprime à travers un bouquet aérien de fruits acidulés et de délicates notes florales, portés par une fraîcheur minérale et des tanins finement dentelés. Une expérience gustative précieuse qui démontre pleinement l’habilité de la nature à lier un vin à ses origines.
Rencontre avec un #Cahors Extra Libre Millésime 2015
Noir comme un véritable Cahors, on perçoit néanmoins des reflets pourpres très lumineux dans le verre. Le nez est intense, plein de cassis et d’autres fruits mûrs avec d’agréables notes végétales et d’épices, donnant une jolie complexité au vin. Très juteux, le vin fait penser à un coulis de fruits frais en bouche. Tandis qu’une belle rondeur caresse les joues, l’acidité vive et citronnée souligne la finesse et la justesse des tanins, rallongeant les caudalies. On a envie de croquer ce vin, de le mordre à pleines dents, de le déguster sans tarder.
Un carré d’agneau, quelques figues caramélisées, une polenta épicée et crémeuse, sachez que ce vin ne vous demandera aucune retenue sur la gourmandise ! Néanmoins, bien gardé dans une cave fraîche et silencieuse, il devrait nous réserver de belles surprises gustatives d’ici quelques années.
L’équilibre et la santé du sol constituent la base de toute agriculture saine et durable. Un sécrète de polichinelle, que l’on a néanmoins du redécouvrir plus ou moins douloureusement au cours de ces dernières décennies, dans un environnement agricole qui a parfois eu du mal à se défaire des fausses promesses des « toutes chimiques » années 60.
Depuis, beaucoup ont compris : les sols, il faut les chouchouter, les bichonner, pour qu’ils vivent et perdurent. Car un sol, ce tas de cailloux et de boue que l’on regardait avec incompréhension et mépris, peut bel et bien mourir.
« L’agriculture doit littéralement retourner à ses racines en redécouvrant l’importance de sols en bonne santé… », écrit la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture sur son site internet. Le sol est en effet un écosystème très complexe, qui remplit plusieurs fonctions dont bénéficient les cultures que l’on y fait pousser. Réservoir d’eau et de nutriments, il héberge également une multitude d’organismes vivants, bactéries, champignons, insectes et même des mammifères, qui s’associent de façon bénéfique et symbiotique aux racines, améliorent la structure du sol et participent à une production végétale équilibrée. C’est un système autosuffisant qui, dans la nature, ne nécessite pas l’intervention de l’homme.
Dès que l’homme choisit de cultiver un sol, il déséquilibre ce système naturel en prélevant sa récolte. Tout paysan et agriculteur se doit donc de veiller continuellement à rétablir l’équilibre naturel. Pendant longtemps on a cru, qu’il suffisait d’apporter des engrais chimiques (donc non-naturels), facilement assimilables par les plantes, pour pallier ce déséquilibre croissant. Associés aux désherbants et pesticides, on « nettoyait » les terres des mauvaises herbes et d’autres nuisibles. De plus, l’utilisation d’engrais chimiques allant de paire avec une spectaculaire augmentation des rendements, on se croyait être sur la bonne voie. Mais il n’en était rien : les cultures se trouvent fragilisées par un apport excessif d’azote, les sols perdent leur porosité et leur capacité de rétention d’eau, la vie microbiologique se meurt… le déséquilibre devient quasi irrécupérable.
Mais une autre voie existe, sans pour autant revenir à « l’état sauvage » ! Au contraire, c’est souvent une démarche extrêmement réfléchie.
« Nous avons arrêté le désherbage et les engrais chimiques au début des années 90 », explique Jean-Marc Verhaeghe, vigneron et responsable vignoble au Château du Cèdre à Cahors. « Pour maîtriser l’enherbement naturelle, nous avons repris le labour, l’inter cep, ainsi que la tonte. Cela a été très bénéfique à nos cultures. Les vignes ont poussé leurs racines en profondeur, l’herbe contribue à la porosité des sols et favorise donc la pénétration des eaux de pluie. En plus, elle limite l’évaporation et l’érosion et favorise la biodiversité dans les sols et dans les vignes en général ».
Yves Gras a investi dans un composte enrichi de charbon végétal pour améliorer la structure et la vie de ses sols. À raison de 10 tonnes par hectare, ce composte spécial apporte de la matière organique dégradé lentement et augmente nettement la capacité de rétention d’eau de la terre. Ce n’est pas du luxe dans la partie méditerranéenne de la Vallée du Rhône, où les pluies pendant la période de maturation des raisins restent rares.
En Champagne, Hubert Soreau a également abandonné le désherbage dans son Clos l’Abbé. En prenant de gros risques. Car la présence d’herbe au printemps favorise les gelées blanches, qui peuvent détruire une récolte entière en une nuit. Mais ses vignes semblent le remercier pour ce retour à un équilibre plus naturel, en donnant un Champagne étonnamment opulent et complexe.
La dernière récolte était tardive. Le secteur Gigondas, Plan de Dieu, Rasteau…, n’a subi que peu de précipitations pendant le mois de septembre, ce qui nous a permis d’atteindre la pleine maturité dans des conditions sanitaires favorables. Nous avons en effet vendangé les derniers raisins le 10 octobre.
Persuadés que le goût du vin prend racine dans le terroir et ses fruits, notre travail en tant que vinificateurs est minutieux et peu interventionniste. Notre objectif principal est de préserver l’entière qualité du raisin : un tri soigné de fruits mûrs, aromatiques et frais, une fermentation avec des levures naturelles, des temps de macération et une extraction douce adaptées au profil tannique des raisins.
Au moment de l’encuvage nous utilisons de faibles doses de soufre sécurisant pour éliminer les souches de levures problématiques. Cela correspond parfaitement à notre philosophie. Ni ami, ni ennemi du soufre, nous adaptons son utilisation aux besoins de chaque millésime, de chaque contenant et de chaque cuvée. La sensibilité à l’oxydation des différents cépages, la fréquence des soutirages pour éliminer les lies, l’ouillage des foudres et barriques et la fraîcheur constante de notre chais d’élevage présentent, entre autres, des facteurs essentiels à prendre en compte pour un vieillissement et une maturation réussie. Seul l’ensemble de ces paramètres permet aux vins d’évoluer vers l’harmonie gustative et la libre expression de leur origine.
La quête d’une expression pure et noble du fruit et de nos terroirs a guidé notre travail de vinification et d’élevage ces dernières années. Le bois joue toujours un rôle important dans la maturation de nos vins. L’ouillage et l’apport de tanins du bois permettent une oxygénation et une évolution maîtrisée, tout en respectant la fragilité d’un cépage comme le Grenache. En remplaçant la majeure partie des barriques par des foudres, nous avons néanmoins considérablement changé le rapport de force entre ces deux éléments qui sont le bois et le vin. Il nous semble primordial de garantir que le dernier garde toujours la main sur le premier.
Dans la continuité de cette démarche, nous avons renforcé notre cuverie d’élevage de trois jarres en terre cuite d’Impruneta de 800 litres chacune. Dans ce haut lieu de poterie italienne proche de Florence, on extrait en effet depuis des siècles une argile particulièrement adaptée à la fabrication de jarres. Façonnées à la main, ces récipients sont parfaitement lisses et étanches et permettent d’élever le vin sans apport tannique et aromatique. Leur forme spécifique favorise l’expression du fruit et préserve la minéralité et la tension des vins. Pour ce premier millésime, les trois jarres accueillent respectivement un vin à base de Grenache issu de la Crau à Chateauneuf-du-Pape et un vin à base de Mourvèdre vinifié à partir des raisins des Hautes Garrigues de Gigondas.
Que pensez-vous de la #biodynamie, Pascal Verhaeghe ?
"On n’est pas labellisé en biodynamie, mais on l’utilise néanmoins beaucoup. On n’a encore jamais revendiqué ce statut et on ne fait pas tout en biodynamie, parce que souvent, ce n’est possible qu’avec de toutes petites superficies. En revanche, on s’en rapproche le plus possible.
Il y a 15 ans, les partisans de la biodynamie, on les prenait un peu pour des fous. Au début, ça semblait même plutôt sectaire. Et puis petit à petit cela a beaucoup évolué et on s’est aperçu qu’il y a tout de même pas mal de choses qui fonctionnent relativement bien, même si, bien souvent, on ne sait pas les expliquer. Dans la pratique, on constate que les vignes se portent mieux, que les raisins sont de meilleure qualité, qu’on arrive à avoir des maturités phénoliques avec des degrés d’alcool un peu moins important, qu’on a moins de pieds qui meurent tous les ans, etc. Bref, tout un tas de petites choses qui nous disent qu’on est dans la bonne voie. Pour la petite histoire, on est parti dans l’agriculture biologique dès 1992, parce qu’on a appris que notre père était tombé malade à cause des produits chimiques. On s’est alors dit qu’il fallait absolument travailler différemment.
Aujourd’hui, parmi tous ceux qui travaillent chez nous dans les vignes, personne ne voudrait revenir à l’époque ou on utilisait des produits chimiques."
La veille des vendanges est un moment d’attente et de calme. Un moment qui permet de réfléchir à voix haute et de partager ses pensés sur les millésimes passés et ceux à venir. Depuis six ans environ, nos vins semblent plus fins, plus subtils, sans pour autant perdre leur typicité et leur tenue. Un effet millésime ? Probablement. Un changement de style ? Nous ne le recherchons pas. Persuadé que les terroirs font nos vins, notre influence sur leur caractère reste modeste.
Mais les facteurs externes qui entourent nos vignes évoluent continuellement et pour certains, notamment le climat, cette évolution semble s’accélérer ces dernières années. Alors nous devons nous adapter. Aux vents plus forts et plus fréquents, à la sècheresse et aux précipitations plus aléatoires, à la somme des températures plus élevées sur l’année. Car si les conditions climatiques changent, la vigne change également : sa croissance et son comportement, la maturation et la maturité du fruit, et en conséquence, la composition et l’expression gustative des vins. À nous, aux vignerons, de suivre cette évolution naturelle et de construire de nouveaux équilibres gustatives.
Comment y parvenir ? En cueillant les fruits à maturité optimale, nous préservons d’avantage de fraicheur gustative et aromatique dans nos raisins. D’autres mesures prises à la cave visent à préserver la vivacité et la pureté du fruit : protection de la vendange et des moûts en fermentation contre l’oxydation, vinifications moins extractives à basse température et un élevage en foudre qui ne s’impose pas. En effet, nous privilégions l’expression du vin, le bois n’étant là que pour la soutenir et l’embellir. Mais avant tout, notre choix pour l’agriculture biologique il y a quelques années était un premier grand pas dans cette direction. Au-delà d’une production et des produits plus sains, il s’agit de pérenniser la culture et de préserver un terroir vivant. Je veux transmettre des sols et un environnement sain à mes enfants sur lesquels ils peuvent continuer à cultiver la vigne. Nous avons la chance à Gigondas d’avoir hérité des sols vivants de nos parents. Alors il faut continuer dans ce sens.
Pour le reste, il me semble difficile de prédire l’évolution de la viticulture dans notre région. La vigne est une plante avec un énorme pouvoir d’adaptation, mais peut-être qu’il nous faudra travailler sur les porte-greffes, sur l’encépagement… Nous verrons petit à petit. Alors je crois que nos vins ont évolué ses dernières années et ils continueront à évoluer les années à venir. Car la vigne, le vin, le climat, ce sont des facteurs naturels, vivants, en partie imprévisibles. Ce sont eux qui indiquent la direction à prendre. Nous, on suivra.
L’étonnante faune et flore des vignobles du Château du Cèdre