C’est la question que pose Audrey du blog la WINE-ista pour l’édition du « Vendredis du Vin » #69 du mois de septembre. Une bonne question…
Personnellement, j’opterai pour « Les Mal Aimés » de Pierre Cros, un (très) joli vin de table français, élaboré avec les « mauvais » cépages de nos aïeux : Picpoul noir, Aramon, Alicante et du Carignan (pour une touche de modernité). Un vin qui annonce la couleur (rouge en occurrence). Une annonce certes un peu osée, une bouteille risquée, mais elle permet rapidement de tester le sens de l’humour du sujet convoité. Et soyons honnête, si Monsieur ou Madame manque d’humour, autant les laisser partir au début du premier rendez-vous. Il vous restera quand même cette bonne bouteille de vin avec laquelle vous pouvez partager le sentiment d’être (un peu) mal aimé…
J’apprécie… Domaine Santa Duc #Vacqueyras 2010 #rhone #vin
J’adore le millésime 2010 en vallée du Rhône ! Ceux qui visitent ce blog régulièrement l’auront déjà compris
Domaine Santa Duc Les Aubes Vacqueyras 2010
C’est alors avec plaisir et pas mal d’attente que j’ai ouvert cette bouteille issue des parcelles que cultive Yves Gras sur le terroir de Vacqueyras. Une majorité de Grenache, secondé par la Syrah, crée un bouquet marqué par les pruneaux, le pain d’épice et le chocolat, avec un caractère aussi sauvage et insoumis que les Dentelles de Montmirail, étonnante formation de roches calcaires qui surplombent le village. La bouche expressive se montre généreuse et vive à la fois, avec de beaux tanins vigoureux non sans finesse et ne cherche pas à cacher ses rondeurs typiquement rhodaniennes.
Comme l’exige les grands millésimes, le vin est harmonieux et « en place », mais mérite un certain soin pour être apprécié dans sa jeunesse. Servi aujourd’hui, il se sentira mieux à 16°C et présenté dans une carafe. Quelques années de vieillissement promettent une évolution vers une belle complexité aromatique. Dans tous les cas, ce vin aime se faire accompagner par des saveurs à la hauteur de son expression puissante : viandes de bœuf, de taureau ou d’agneau, épices méditerranéens, tomates confites, parmesan ou cantal entre-deux…
J’apprécie… un peu de tradition pour la rentrée #vin #Minervois
Malgré la réforme scolaire annoncée et désormais applicable, Pierre Cros semble n’avoir rien changé dans la formule magique de sa cuvée Minervois Tradition en 2013. Heureusement !
Pierre Cros Minervois Tradition 2013
Toujours élaborée à partir de cinq cépages traditionnels méditerranéens - Carignan, Grenache, Syrah, Cinsault et Mourvèdre - le vin se montre aussi intéressant et aimable que dans les millésimes précédents. D’une couleur légère, mais intensément parfumé, il exhale des arômes gourmands. Ainsi, le cassis, la framboise et la Garrigue y fréquentent les confiseries typiques de vins juvéniles, ainsi qu’un charmant pot-pourri d’agrumes et de fleurs. Souple, polie, mais non sans caractère, c’est un vin rouge qui aime les tapas, les repas simples et soignés ainsi que de longues discussions entre amis en fin de soirée…
Bien évidemment il y a un petit côté « déjà vu » quand on déguste la cuvée Prestige de la Maison Paul Lebrun à Cramant, car ce vin présente certains points gustatifs communs avec ses petits frères et sœurs du même domaine.
Champagne Paul Lebrun Cramant
C’est normal, voire c’est même souhaitable que le vigneron, la vigneronne dans ce cas, laisse son emprunte sur une gamme de vin. Ici c’est le côté aromatique qui nous rappelle l’origine de ce 100% Chardonnay. Les Vignier-Lebrun ont pour habitude de faire vieillir leurs champagnes sur lattes pendant un bon bout de temps, afin de les proposer à pleine maturité gustative à leurs clients. Une exception de cette philosophie peut être faite sur la benjamine de la gamme, la cuvée Carte d’Or, qui se veut souvent plus rafraîchissante, plus mentholée et plus citronnée que les autres vins.
Voici alors la doyenne, la grande cuvée du domaine, créée il y a de nombreuses années déjà. Issue des plus belles parcelles de vignes sur la Côte des Blancs, elle présente une couleur doré plutôt soutenue, avec des bulles régulières et très, très fines. C’est le nez qui rappelle le style de la maison : un bouquet bien mûr de pèche et abricots, de fruits secs, de crème brûlée, de vieil Armagnac et de tabac blond. Un nez qui vous invite à vous asseoir, à vous détendre et à prendre votre temps. La bouche est dense, crémeuse, et les fines bulles sont bien présentes sans jamais s’imposer. Vin structuré, il demande presque à être mangé, à être mâché consciencieusement, afin de révéler la totalité de son potentiel gustatif.
C’est un vin que je préfère apprécier « en solo », peut-être juste accompagné de quelques bons amis... Besoin de rien, envie de bulles !
[...] Un beau volume et de jolie rondeurs en bouche. Un vin souple avec une acidité solide et une fraîcheur abondante, proposant des fruits rouges juteux, du cuir, de la réglisse et des notes de poivre au nez. Il a un remarquable potentiel et devrait se garder une bonne dizaine d’années. Jeb Dunnuck décembre 2013, The Wine Advocate
Santa Duc Grand Grenache Gigondas
Santa Duc « Prestige des Hautes Garrigues » 2012
C’est le plus sombre des vins dégustés, avec de magnifiques fruits noirs, du poivre, du cuir neuf, de la réglisse et une multitude d’épices. C’est un vrai Gigondas qui a tout bon ! En plus de sa pureté renversante, il montre la fraîcheur et l’élégance typique du millésime. Jeb Dunnuck décembre 2013 - The Wine Advocate
Domaine Santa Duc Gigondas
Santa Duc « Grand Grenache » 2012
Alors qu’il n’y avait pas de Grand Grenache en 2011, le Gigondas Grand Grenache 2012 a pleine de choses à nous offrir. Un 100% Grenache issu des vignes aux alentours du domaine, qui dévoile de somptueux arômes kirchées, des fraises et de la réglisse, des fleurs également, ainsi qu’une belle richesse et profondeur en bouche. Une très beau représentant du cépage, avec une apparence très élégante et une structure magnifique. Déjà bon à apprécier, avec une bonne quinzaine d’années d’avenir. Jeb Dunnuck décembre 2013 - The Wine Advocate
Détrompez-vous, il n’y a pas QUE des GRANDS vins dans le Sud Ouest !
J’avoue, depuis quelques années je suis devenu un fervent défenseur des vins du Sud Ouest de la France. Tout a commencé avec la découverte d’ENORMES Malbec de Cahors, des Jurançon sec cosmiques et quelques Madiran intimistes avec des caractères bien trempés et beaucoup de finesse. Complexes, juteux et atypiques, ces vins sont souvent dotés d’une capacité de vieillissement extraordinaire, mais également avec une buvabilité surprenante dans la jeunesse. De grands vins, tout simplement. Depuis, je pense souvent que dans le vin et le goût, il y a la France et il y a le Sud Ouest.
Cèdre Héritage Gros Manseng
Mais il y a quelques jours, j’ai trébuché sur une bouteille de Pascal Verhaeghe du Château du Cèdre, que je n’avais jamais goûté : Le Cèdre Héritage 2010, un Côtes de Gascogne moelleux fait avec du Gros Manseng. Un vin aussi curieux qu’annonce l’étiquette ? Plutôt, car la couleur paille intense et étincelante promet un vin bien mûr et puissant. Et c’est vrai que le bouquet est très intense, mais loin d’être surchargé : un peu de foin et des fleurs sèches, des noix, de la vanille et une touche de miel. Plutôt appétissant. La bouche est étonnamment légère, un peu douceâtre, avec une acidité modérée et agréable. Les arômes de pomme et de poire dominent ici et on retrouve les fleurs (fraîches cette fois-ci), ainsi que le miel. Un vin facile à boire, une bouteille à ouvrir sans hésiter pour l’apéritif ou sur une Tarte Tatin à la poire et des crêpes avec des pommes caramélisées saupoudré de pralin.
Vous voyez, petit, facile et bien bon à boire… ça existe aussi dans le Sud-Ouest !
Vendredis du Vin #66 – rendez-vous au pays des maîtres éleveurs
Bien évidemment ils font d’excellents vins rouges et vins blancs dans le Roussillon. Il n’y a pas de doute. Mais depuis toujours, le 66 a été synonyme de vin doux naturel pour moi, avec de curieuses et exceptionnelles méthodes d’élevage. Pour ce 66eVendredi du Vin sous le thème « Tous dans le 66 », proposé par Iris Rutz-Rudel, j’ai donc décidé de me pencher sur la cuvée « Solera » élaborée par Jacques Sire à Estagel.
Qu’est ce donc une Solera ? La Solera est un système d’élevage traditionnellement utilisé en Espagne. Pour obtenir une Solera, il faut d’abord mettre en place une « Criadera », ce qui consiste à empiler des barriques sur plusieurs hauteurs. La rangée du bas, près du sol, est appelée Solera, celles dessus première, deuxième, troisième etc. Criadera.
C’est un système d’élevage oxydatif, ce qui veut dire, que les barriques ne sont jamais pleines, pour laisser une surface assez conséquente du vin en contact avec l’air. Les barriques de la Solera contiennent le vin le plus vieux. C’est dans ces barriques que l’on prélève le vin à mettre en bouteilles, sans jamais vider la barrique complètement. Le vin prélevé de la Solera est remplacé par du vin venant de la première Criadera, celui de la première Criadera par du vin venant de la deuxième Criadera, et ainsi de suite… La dernière Criadera reçoit du vin jeune. Dans chaque barrique, on a donc un mélange de plusieurs millésimes et une Solera en place depuis un demi-siècle contient donc toujours un infime quantité de vin vieux de 50 ans.
Le résultat dans la bouteille est plus qu’intéressant. Élaboré à partir de raisins blancs uniquement (Grenache gris et un peu de Macabeu), le vin surprend d’abord par sa profonde couleur ambrée et son dépôt quasi noir collé sur la bouteille. D’aspect épais et sirupeux, presque paresseux, son nez est puissant et déborde du verre : cannelle et caramel, tabac et fleurs sèches, abricot et raisin sec, un peu de girofle, un peu de poivre et une odeur de « vieux livres ». Pas mal de poésie dans un simple verre de vin… La bouche est proche du nez, assez épaisse mais agréable au toucher, un peu de chaleur en finale que l’on pardonne facilement.
Rivesaltes Solera
Je l’ai d’ailleurs goûté sur un peu de jambon Pata Negra Bellota bien gras et bien fin et j’étais agréablement surpris. Ce n’est pas toujours facile d’associer du vin avec du jambon sec, notamment à cause de la salinité du dernier. Mais là je dois dire que le mariage était quasi parfait : douceur, gras, complexité aromatique et longueur gustative presque infini. De très bonnes raisons gustatives pour descendre la route 66 et je suis certain que vous en trouverez d’autres…
Vidéo en langue des signes : Cépages oubliés - Les Mal Aimés de Pierre Cros
Dégustation de cépages (presque) oubliés : Carignan, Aramon, Alicante et Picpoul noir... Une vidéo accessible pour tous, traduit simultanément en langue des signes.